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Transport longues distances et exportations : des horreurs tristement prévisibles.

Depuis de nombreuses années, CIWF dénonce les transports longues distances et les souffrances inévitables que subissent les animaux exportés hors de l’Union Européenne. Surpopulation, épuisement, déshydratation, douleurs, stress, durées de transport largement dépassées… ces transports sont un calvaire pour les animaux.  Plus la route et la durée de transport est longue, plus les souffrances sont grandes, particulièrement dans des conditions climatiques extrêmes.

Eté 2018 : encore un voyage au bout de l’enfer.

Tristement, cette année encore, un nouvel exemple illustre les atrocités que les transports longues distances engendrent. Pendant 11 jours, 57 bovins, d’origine française, se sont trouvés bloqués, dans les camions, à la frontière bulgaro-turque, sans aucune infrastructure adaptée.

Partis début mai de la France vers la République Tchèque, ils sont ensuite chargés le 18 juillet destination la Turquie. Bloqués par les autorités turques pour cause de certificats de santé non valables, ils ont été maintenus enfermés dans les camions, sans eau, sans nourriture, par des températures de plus de 33°C pendant plus de 10 jours.

Le sort de ces animaux destinés à l’abattoir n’est pas encore fixé.. Tous se trouvent en grande souffrance, et certains sont à l’agonie, en train de périr de déshydratation.

Et ils ne sont pas les seuls, car la France continue d’autoriser, en pleine canicule, des départs vers la Turquie cet été, malgré la vigilance annoncée par le Ministère.

Année après année : les mêmes infractions révélées par les enquêtes.

Depuis 2012, CIWF a dévoilé de nombreuses enquêtes réalisées avec des associations partenaires. A chaque fois, le verdict est sans appel : de terribles conditions de transport de ces animaux, des durées de transport non respectées, en violation de la réglementation européenne. Une enquête menée pendant 5 ans à la frontière turque, publiée en 2016, révèle que 89% des camions transportant des animaux français étaient en infraction à la législation européenne. En 2017, nos enquêteurs ont vu des camions chargés de moutons ou de vaches, avec des plafonds si bas que le dos des animaux le touchait, ne laissant aucune marge aux animaux pour relever la tête. Des camions dont les systèmes d’abreuvement et de ventilation ne fonctionnaient pas, et dans lesquels les températures dépassaient largement les 35 degrés.

Pour le transport maritime, des navires bétaillers inadaptés et dangereux sont utilisés, avec aucune limitation de durée ni de temps de repos, ni présence d’un vétérinaire ou responsable de protection animale à bord.

Les conclusions de ces enquêtes viennent d’être appuyées par le triste résultat du rapport d’audit de la Commission européenne publié le 4 avril dernier : des non-conformités supérieures à la moyenne européenne et de graves lacunes dans les contrôles de la protection des animaux durant les transports vers l’export hors UE. 

La sourde oreille de la France : quand s’opposera-t-elle enfin aux transports longues distances ?

Face à cet énième scandale, nombre de questions se posent, encore et toujours :

  • Comment les autorités françaises peuvent-elle encore laisser partir à l’exportation hors de l’Union européenne des animaux vivants, alors que les infractions au Règlement 1/2005 sont régulièrement dénoncées et ont été mises en lumière par un nouvel audit réalisé par la Commission européenne ?
  • Pourquoi ne pas, a minima, suspendre les exportations pendant l’été, période pendant laquelle ce type de situation, de longues attentes aux frontières sous des températures infernales, est particulièrement prévisible ?
  • Comment la France peut-elle encore autoriser le départ de nouveaux camions vers la Turquie, en pleine canicule ? les autorités françaises ont elles fait un suivi particulier de ces chargements et de leurs carnets de route, compte tenu des risques associés sur ces trajets actuellement ?
  • Comment les délais sont-ils respectés ainsi que les températures ? Quels contrôles ? quelles sanctions ? Les problèmes perdurent, et on sait qu’ils sont insuffisants et qu’elles n’ont aucun effet dissuasif ni ne limitent les souffrances des animaux.

Malgré nos interpellations, les autorités françaises refusent de mettre un terme aux exportations ou a minima de les suspendre. Tout au contraire, la France vient de renégocier la réouverture des exportations vers la Turquie.

Près de 110 000 personnes ont signé notre pétition pour mettre fin aux transports longues distances. Néanmoins, Stéphane Travert fait la sourde oreille. Nous continuons à l’interpeller tout au long de l’été, ainsi que les services vétérinaires.

Plus que jamais, nous devons augmenter la pression, interpeller le ministre et déclencher des réponses adaptées et rapide de sa part.